Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 1, numéro 7, octobre 1989

Satellite Famille et communautés culturelles

Atelier III

Madame Colette Sabatier
Psychologue
Queen's University

De par sa formation de psychologue à l'hôpital Maisoneuve-Rosemont madame Colette Sabatier a été amenée à faire un certain nombre d'observations sur la composition de la clientèle consultant le département de psychologie et sur l'émergence d'un nouveau phénomène : l'apparition d'une nouvelle clientèle composée d'immigrés drainant derrière eux des problèmes particuliers.

Madame Colette Sabatier est maintenant chercheuse, à l'Université Queen, et dans son allocution elle aborde la problématique des enfants d'immigrants de deuxième génération: ces enfants sont nés dans le pays d'accueil et rencontrent aussi certains problèmes d'adaptation. Dans son expose madame Sabatier montre comment les immigrants utilisent les ressources des divers services sociaux, de la santé et des écoles, et, elle montre comment on pourrait les adapter de façon plus adéquate pour répondre à leurs besoins.

Les problèmes d'adaptation des familles immigrées

On a cherché à savoir comment les enfants d'immigrés utilisent les ressources du milieu, et s'ils ne consultent pas plus que les autres et s'ils n'ont pas plus de problèmes que les autres enfants issus de familles québécoises de souche, quels sont leurs besoins spécifiques. On constate que les familles immigrantes se servent souvent plus de certaines ressources médicales mises à leur disposition, et, pour répondre à des besoins particuliers, il est important d'identifier leurs besoins.

Les besoins d'information des mères immigrantes sont-ils comblés?

Suite à plusieurs recherches comparatives entre des mères immigrantes haïtiennes, vietnamiennes et québécoises, on constate que les préoccupations varient beaucoup entre les mères québécoises et les néo-québécoises. La première préoccupation de ces dernières est la santé de leurs enfants. En effet les mères immigrantes se servent de certains services plutôt que d'autres et elles privilégient certains services de prévention de la santé par rapport à d'autres: par exemple, la vaccination.

Les mères immigrantes ont comme priorité tout ce qui concerne la survie et la santé de leurs enfants, cela s'explique sans doute par le fait que dans leurs pays d'origine les problèmes de morbidité et de mortalité infantile sont très importants. La protection de la santé dans la première enfance pour ces mères est primordiale et les facteurs de stimulation de l'enfant viennent en second lieu. En prenant comme exemple les cours prénataux peu ou pas fréquentés par les mères immigrantes, on peut comprendre cette situation par le fait que dans ces cours on met peu l'accent sur le domaine de la santé de l'enfant mais que l'on privilégie le développement psychomoteur des enfants.

Souvent on prend pour acquis que les mères connaissent le sujet et qu'elles ont tous les moyens et la connaissance nécessaire, c'est pourquoi on va passer plus de temps sur l'importance de stimuler le langage et le développement cognitif. Les mères immigrantes sont dans des situation différentes financièrement, souvent elles disposent de moins de moyens, elles vivent des situations de stress et n'ont que très peu de disponibilité affective. On arrive à cette sorte de hiatus où on peut penser que les mères immigrantes se désintéressent des problèmes de développement psychologique de l'enfant. Ce qui est faux, car les mères s'en préoccupent mais ont d'autres priorités. Pour palier à cet état il serait nécessaire d'aménager des horaires plus compatibles avec les habitudes et contraintes de travail de ces personnes et lors de ces cours de traiter de problèmes qui intéressent vraiment ces familles, qu'elles se sentent concernées par les sujets traités. Par exemple: l'alimentation, l'utilisation des biberons sont des problèmes plus évidents chez les immigrants car leur modèles de référence son moins forts et leurs connaissances différentes.

Les parents immigrants et l'école

Quand on parle de l'école, on dit souvent à tort que les parents d'immigrants sont difficiles à rejoindre alors que des recherches ont prouvé le contraire et que lorsque les horaires sont aménagés adéquatement les parents viennent, ce que malheureusement les directeurs et professeurs d'école ne veulent pas faire. Tant qu'il n'y aura pas de volonté collective et d'effort de fait par les autorités scolaires, la situation perdurera. Les parents ne seront pas rejoints et on véhiculera les mêmes préjugés.

Un autre aspect de la question à aborder est que les parents néo-québécois privilégient et valorisent beaucoup les études et l'acquisition de diplômes; leur conception du rôle de l'école est différente de celle des parents québécois ou nord-américains. En effet, dans les pays occidentaux les modèles diffèrent, l'acquisition de diplôme devient accessoire et secondaire, et on préconise surtout le développement harmonieux, le bien-être de l'élève. Ce qui devient important c'est de savoir, de bien savoir, d'être heureux, autonome et de développer toute une kyrielle de qualités individuelles. Dans d'autres cultures, pressentes au sein de la communauté québécoise, on valorise plus les relations interpersonnelles, le savoir-vivre, la convivialité, la vie de famille, le respect des parents, des traditions et celui du maître. Il existe une différence de perception, pour l'immigrant le diplôme est vu comme un gage de réussite sociale et c'est un facteur de promotion sociale. Et qui dit diplôme dit savoir formalisé. Un autre aspect est le changement des rapports entre l'école et les parents. Dans nos sociétés nord-américaines, les parents suppléent à l'école, ils préparent les enfants à l'école, ils stimulent les enfants pour qu'ils réussissent et performent bien.

La vocation première de l'école était à l'origine d'offrir une éducation que les parents n'étaient pas en mesure d'offrir à leurs enfants ; on constate en comparant nos comportements à ceux des néo-québécois que l'on s'éloigne du but premier de l'école qui est de suppléer aux rôles parentaux .

Contrairement, les mères haïtiennes disent que le maîtres est celui qui sait. Donc quel serait le rôle des parents à l'école, puisque le maître sait; le devoir du maître est de faire que l'entant réussisse à l'école. Par ces observations on s'aperçoit qu'il existe des différences de conception et si on ne réajuste ses vues, il y aura encore des problèmes de communication et l'information ne passera pas.

De la nécessité de construire des modèles de référence

Un autre point à soulever est que l'on dispose de très peu de modèles sur lesquels on peut se baser pour comprendre ces enfants. On parle de fossé de générations entre les parents et les enfants d'immigrants, mais on parle très peu de comment les enfants vont s'adapter. On prend pour acquis qu'ils vont s'adapter facilement parce qu'ils sont nés dans le pays d'accueil, mais même les enfants de seconde génération se font dire qu'ils sont des immigrants d'autant plus lorsqu'on les identifie à une minorité visible. Ils se font dire qu'ils sont noirs ou qu'ils sont asiatiques. Ils se font dire qu'ils sont sales parce qu'ils sont noirs; comment ces enfants vont réagir si peu de gens s'intéressent à ce problème?

Nous sommes dans un modèle d'assimilation où les parents doivent se fondre totalement dans la société d'accueil. On sait par les travaux de la Commission de santé mentale que s'assimiler est quelque chose d'impossible. Aucune recherche n'a pu prouver qu'il y avait une véritable assimilation possible et de vouloir s'assimiler c'est se donner une mission impossible. C'est se mettre trop de stress sur le dos. Au Canada on favorise l'intégration c'est-à-dire conserver sa propre culture pour pouvoir fonctionner et ne pas vivre en vase clos, en ghetto. Mais à date personne n'a travaillé avec ce modèle et lorsqu'il est question des enfants immigrants on a pas encore tenter de voir comment il serait possible pour les parents de garder leurs propres racines et de transmettre leurs propres valeurs à l'enfant tout en permettant l'enfant de s'adapter à la société d'accueil .

 

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